Il y a deux ans, la Saint-Pierre n'était plus qu'une carcasse à demi effondrée, ses planches de pin maritime gondolées par les hivers, sa quille fendue sur toute la longueur. Pour beaucoup, elle était condamnée. Pour les bénévoles de Sauvegarde du Patrimoine Maritime Girondin — Indigo, elle représentait exactement le genre de défi pour lequel l'association avait été créée.
La pinasse est l'embarcation emblématique du Bassin d'Arcachon. Longue, plate, légèrement relevée à la proue, elle fut pendant des siècles l'outil de travail quotidien des ostréiculteurs et des pêcheurs du sud du bassin. Construite en pin des Landes, calfatée à l'étoupe et au brai, elle s'adapte parfaitement aux eaux peu profondes et aux passes capricieuses qui relient les parcs à huîtres. Sans elle, pas d'ostréiculture telle que nous la connaissons. Sans elle, pas d'identité littorale girondine.
La restauration a été conduite par une équipe de huit bénévoles permanents, rejoints le week-end par des adhérents venus prêter main-forte. Le chantier a commencé par un diagnostic complet : chaque membrure a été sondée, chaque liaison métal inspectée. Les pièces saines ont été conservées — c'est un principe fondamental ici, on ne remplace que ce qui ne peut plus être sauvé. Les varangues du milieu, trop dégradées, ont dû être entièrement refaites en chêne de pays, selon les gabarits d'origine que nos archives permettent heureusement de reconstituer.
« On ne remplace que ce qui ne peut plus être sauvé. »
Principe fondateur de l'Atelier Pinasse — IndigoLe calfatage a représenté l'étape la plus délicate et la plus longue. Ce geste ancestral, qui consiste à bourrer les coutures entre les planches d'un cordage de chanvre avant de les colmater avec du brai chaud, est en train de disparaître avec les derniers charpentiers de marine formés à l'ancienne. Deux de nos bénévoles ont suivi une formation spécifique pour maîtriser cette technique. Ils la transmettent désormais lors de nos ateliers ouverts au public.
Le 14 avril dernier, la Saint-Pierre a été mise à l'eau au port de Larros devant une cinquantaine de personnes — adhérents, familles ostréicoles, curieux et enfants des écoles primaires de Gujan-Mestras. Le moment où la coque a touché l'eau du bassin a été accueilli par des applaudissements sincères. Ce n'était pas de la sentimentalité : c'était la reconnaissance collective d'un travail accompli et d'un fragment de mémoire arraché à l'oubli.
La Saint-Pierre est désormais disponible pour nos sorties éducatives. Elle naviguera cet été sur le bassin à l'occasion des Journées du Patrimoine Maritime, en partenariat avec le port de plaisance de Gujan-Mestras. Mais avant tout, elle continuera à exister — et c'est déjà beaucoup.
Pour participer à nos prochains chantiers de restauration ou pour signaler une embarcation traditionnelle en péril dans le Bassin d'Arcachon, contactez-nous. Notre atelier est ouvert les mercredis et samedis matin, sans réservation.