C'est Madeleine Larroque, 81 ans, qui a commencé à parler. Assise dans la salle commune de la cabane familiale au port de Larros, les mains posées à plat sur la table de zinc comme si elle allait reprendre le travail, elle a raconté comment sa mère se levait à quatre heures du matin les jours de grande marée, comment on ne chauffait pas en hiver pour ne pas « gâcher » la température de l'eau dans les bassines, comment les enfants apprenaient à calibrer les huîtres avant même d'aller à l'école. « On ne comptait pas les heures, on comptait les marées », dit-elle. La formule résume tout.

Depuis le début de l'année, les bénévoles d'Indigo ont lancé une campagne de collecte de témoignages oraux auprès des familles ostréicoles du sud du bassin. L'objectif est double : constituer une archive sonore et écrite accessible au public, et alimenter les expositions itinérantes que l'antenne organise dans les établissements scolaires et les médiathèques du secteur. Les Larroque sont la quatrième famille à avoir accepté de s'asseoir devant le micro.


« On ne comptait pas les heures, on comptait les marées. »

Madeleine Larroque, 81 ans — port de Larros, Gujan-Mestras

Le fils de Madeleine, Patrick, 57 ans, a repris l'exploitation dans les années 1990. La transition a été rude. Les méthodes avaient changé : la filière suspendue, moins contraignante que les parcs à plat, s'était généralisée, et il a fallu investir dans du matériel neuf, apprendre de nouvelles techniques, composer avec une réglementation sanitaire de plus en plus précise. « Ma mère ne comprenait pas toujours pourquoi on changeait ce qui marchait », dit-il avec une tendresse prudente. Elle sourit sans répondre.

Sa fille, Aurélie, 29 ans, travaille avec lui depuis trois ans, après une formation en biologie marine à Bordeaux. C'est elle qui gère désormais la vente directe depuis la cabane le week-end, et qui a commencé à tenir une page sur les réseaux sociaux pour toucher une clientèle plus jeune. « Les gens veulent savoir d'où viennent les huîtres, qui les a élevées, combien de temps ça prend. C'est une chance, je crois. » Trois générations dans la même pièce, trois rapports différents au même métier, à la même eau, aux mêmes marées.

Ce que la collecte de témoignages révèle, au-delà des anecdotes, c'est la continuité d'une culture de travail très précise : une façon de lire le temps, de surveiller la qualité de l'eau, d'anticiper les coups de vent. Une connaissance du bassin qui ne s'apprend pas dans les livres et qui se transmet, ou se perd, dans l'espace d'une génération. C'est exactement ce que nous essayons de fixer avant qu'il soit trop tard.

L'enregistrement de la famille Larroque sera intégré à notre prochaine exposition, Voix du Bassin, qui ouvrira en septembre à la médiathèque de Gujan-Mestras. Si vous appartenez à une famille ostréicole du secteur et souhaitez participer à la collecte, contactez-nous par le formulaire disponible sur notre site. Nous nous déplaçons, nous venons à vous, et chaque témoignage — même court — compte.


Les archives sonores du programme Archives de la Marée sont déposées à la médiathèque de Gujan-Mestras et consultables sur rendez-vous. Pour participer à la collecte ou signaler une famille ostréicole dont la mémoire mériterait d'être recueillie, écrivez-nous.